Prises2vues

13 novembre 2010 par Carl Laisser une réponse »

Photographies de nature Sandrine et Matt Booth

SANDRINE : Je suis née en 1972, et j’ai été plongée très tôt dans l’univers de la photo. Mon père était passionné de photo et toute petite déjà j’allais traîner dans son labo où séchaient tirages et planches contacts. J’étais fascinée par ce monde inaccessible et j’aimais par-dessus tout assister à la « naissance » des images qui apparaissaient comme par magie dans le bain révélateur. J’ai développé mon regard à travers les photographies de mon père, mais c’est assez tardivement, vers l’âge de vingt ans que j’ai décidé de m’y mettre et que j’ai acheté mon premier réflex argentique. A l’époque, je faisais des études de lettres et je me suis beaucoup intéressée au rapport entre les images et les mots, à la manière dont ils s’éclairent l’un l’autre.

C’est en rencontrant Matt que je me suis mise de manière vraiment sérieuse à la photo et que c’est devenu pour moi une passion : à travers sa connaissance de la nature, et particulièrement de la montagne, j’ai découvert des lieux nouveaux, des espaces sauvages qui m’ont parfois bouleversée, et dont j’ai voulu saisir la beauté sur mes images. Les lieux qui me touchent le plus sont ceux où l’empreinte de l’homme se fait le moins sentir, terres désolées et plateaux austères, où toute rencontre avec un autre être humain semble improbable.

MATT : Je suis né dans le nord de l’Angleterre en 1974, et j’ai toujours baigné dans l’univers de la montagne. Encore une histoire de père : le mien m’a entraîné pendant toute mon enfance dans ses randonnées à travers les landes de Northumberland, sur les sommets du Lake District, et dans les vallées écossaises. J’ai l’impression d’être né la boussole à la main ! Mes premiers contacts avec la nature remontent à cette période : j’ai encore un souvenir très fort des hardes de cerfs rencontrées en Ecosse, et des cris des courlis sur les landes anglaises.

Plus tard, j’ai quitté mon île pour les sommets des Alpes et j’ai vécu à Briançon, où, pendant plusieurs années je me suis consacré à l’alpinisme. S’il m’arrivait de prendre des photos à l’époque, c’était surtout pour témoigner des exploits en montagne : j’avais toujours un œil sur le chrono, l’autre sur la corde, et pas toujours la possibilité de soigner mes cadrages…

C’est en rencontrant Sandrine que j’ai appris à regarder ce milieu autrement : ces précieux conseils sur la photo m’ont permis de voir la montagne plus comme un lieu d’esthétisme que comme un terrain de jeux et de performances. Très vite nous avons appris à confronter nos deux regards, à dialoguer sur nos images: cet échange entre nous a donné à Sandrine un nouvel élan et m’a permis, de mon côté, de développer un regard de photographe.

PRISES2VUES : Prises2vues est donc né de cette rencontre entre une passionnée de photo et un passionné de montagne. Nous avons fait le choix de vivre dans le Diois, au pied du Vercors (qui abrite la plus grande réserve naturelle de France). Cette nature encore préservée est pour nous une inépuisable source d’inspiration, et nous passons le plus clair de notre temps à l’extérieur, seuls ou en compagnie de nos trois enfants auxquels nous essayons de transmettre le respect de la vie sauvage. Photographier la nature est bien sûr aussi une manière de s’engager pour elle: nous pensons, comme beaucoup d’autres, que chaque espèce a sa place dans l’écosystème et que la terre ne nous appartient pas.

Nos images ne cherchent pas à représenter les lieux que nous traversons, mais veulent traduire les émotions et les impressions ressenties dans ces lieux. Pour cette raison, nous essayons de mettre en valeur les graphismes, les couleurs, ou les lumières parfois incroyables que nous rencontrons. Nous recherchons particulièrement les ambiances crépusculaires, moments souvent forts, où la conscience que nous avons du monde devient plus intense, et qui permettent d’inoubliables rencontres animalières.

ETHIQUE : C’est un pur bonheur de marcher après la neige et d’avancer sur cette pureté infinie. Mais retournez-vous et regardez votre trace dans la neige, comme une longue cicatrice… L’impression de pureté s’envole. Nous essayons le plus possible de passer dans ces lieux qui nous touchent sans y laisser notre empreinte, sans écraser, pour photographier une fleur, les quinze autres qui l’entourent, sans traquer un animal qui a besoin de sa distance de fuite, sans asperger de gouttelettes d’eau, pour créer une rosée artificielle, un malheureux papillon qui paiera peut-être notre photo de sa vie… Avoir une éthique dans la photo de nature, c’est photographier sans déranger. Nous essayons d’être de discrets passants pour que la trace dans la neige soit la plus légère possible.

Prises2vues propose désormais des stages photo nature dans le Vercors.

Lien :

Laisser un commentaire

prises2vues

13 novembre 2010 par Carl Laisser une réponse »

Laisser un commentaire